5ème rapport du GIEC : quels enjeux pour le secteur touristique ?

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Dimanche 2 novembre 2014 a été communiqué le 5ème rapport du GIEC. Rapport toujours plus alarmant sur les conséquences du changement climatique en cours.


 Les experts attirent notre attention sur le fait qu’il est encore temps d’agir, non pas pour arrêter le réchauffement en cours mais pour limiter la hausse à la fameuse barre de +2°C. Au-delà de cette limite, c’est l’inconnu et le saut vers un possible emballement de la machine climatique…


Pour dépasser le catastrophisme et l’inaction, EVEA Tourisme vous propose une relecture des conclusions du rapport au regard de l’activité touristique. Quel est l’enjeu pour ce secteur ? Quelle peut être sa contribution? Mais surtout, comment pouvons-nous appliquer les recommandations du GIEC aux activités touristiques?


Commençons par un état des lieux. Personne ne vous cache que si l’Humanité continue à ce rythme … ça ne pourra pas continuer très longtemps. Regardons les chiffres. Que disent les experts ?

En 2010, les émissions anthropogéniques de gaz à effet de serre atteignaient 49 Gigatonnes d’équivalent CO2. La hausse sur les 10 dernières années est en moyenne de 2,2% par an. Cela représente 11 Gt CO2 eq de plus qu’en 1990 (+28%), année de référence pour les accords de Kyoto qui nous engageaient à réduire de 18 Gt environ nos émissions pour 2008 (6% par an sur la période 1990 – 2008). Autre détail inquiétant, l’intensité carbone de l’énergie s’est détériorée cette dernière décennie, cela signifie que pour produire 1kWh, plus de gaz à effet de serre sont émis aujourd’hui qu’en 2000 (la raison principale est un déploiement massif de centrales électriques à charbon). La bonne nouvelle c’est que le potentiel de réduction de nos émissions est important…


Evolutions emissions de GES dorigine humaine 1970-2000 GIEC


Figure : Evolution des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine entre 1970 et 2000, source : 5ème rapport du GIEC, 2014


Le secteur du tourisme représenterait environ 5% des émissions de la planète (source OMT). Est-ce important ?

Pour se donner une idée, il faut comparer ces émissions au poids économique du tourisme qui représente 9% du PIB mondial. On peut en déduire que l’activité touristique est d’une intensité carbone relativement faible comparée aux autres secteurs. De plus, en regardant de plus près, le transport y contribue à hauteur de 75% (principalement l’aérien et l’automobile). Les activités touristiques autres que le transport se révèlent être des activités plutôt sobres comparées aux autres secteurs économiques, même si au sein de ces activités de grandes divergences peuvent exister. Un bon argument pour investir dans le secteur touristique ! Mais attention, il convient de travailler fortement sur la sobriété du secteur pour atteindre le fameux facteur 4 (émettre 4 fois moins d’émissions). Une vigilance également est à maintenir sur de possibles déplacements de pollution : émettre moins de GES oui, mais sans pour autant augmenter les pressions environnementales sur d’autres aspects (ressources en eau, biodiversité, pollution chimique, etc.). Alors, investissons oui, mais profitons-en pour innover et transformer nos produits touristiques et nos modes de consommations.


Plus concrètement, quelles sont les pistes proposées dans le rapport et comment pouvons-nous les transposer au secteur du tourisme ?


Sur le plan de l’énergie, les experts du GIEC nous proposent les familles d’actions suivantes :


  • Réduire nos consommations. Evident car la demande énergétique de l’Humanité est prévue de doubler voire tripler d’ici à 2050. Il est donc urgent de traquer par tous les moyens les leviers d’économie d’énergie en réduisant nos besoins (isolation, modification des comportements, etc.) et par l’amélioration de nos systèmes de production d’énergie (améliorer les rendements, produire l’énergie localement pour éviter les pertes sur les lignes,…)
  • Décarboner la production de l’énergie en ayant recours au renouvelable dont l’un des gros gisements pour l’industrie hôtelière est le chauffage de l’eau par des panneaux solaires, l’une des actions les plus simples à mettre en œuvre sur ce thème et rapidement rentable.
  • Développer l’énergie issue de la biomasse. Plus que la mise en place de chaudière au bois ou le recours au gaz issu de méthanisation, il s’agit également pour la filière d’encourager les filières de production de ces énergies par exemple en séparant les déchets fermentescibles pour les collecter en vue de leur méthanisation.


Dans le secteur des transports, qui rappelons-le compte pour 27% des émissions de CO2 anthropogéniques de la planète et 75% des émissions pour le secteur touristique, le GIEC émet les pistes suivantes :


  • Coupler nouvelles technologies et modification des comportements. Concrètement, il s’agit de mettre à profit les nouveaux modes de communication pour mutualiser les transports et encourager des comportements plus responsables. Les opérateurs touristiques pourraient aller encore plus loin,comme encourager ces démarches par la proposition d’offres adaptées au co-voitureurs ou aux usagers des transports faiblement carbonés.
  • Favoriser la consommation locale. Il s’agirait alors d’attirer les touristes proches géographiquement (région voisine, pays limitrophe, villes desservies par le rail) et de se fournir en produits et matériels produits localement (et de saison pour l’alimentaire). L’enjeu est également d’arriver à allonger la durée de séjour des visiteurs internationaux et limiter les « city breaks » de deux jours en avion.
  • Le GIEC met en avant l’opportunité liée à l’utilisation de l’électricité dans les transports. Opportunité à condition de produire l’électricité de manière renouvelable, qui pose alors l’enjeu du stockage de l’énergie. Une idée pourrait être de profiter du relief pour créer des zones de stockage en eau, déchargée lors des pointes électriques et rechargées par l’éolien lors des périodes de faible consommation. Les hôtels pourraient alors proposer des bornes de recharges électriques sur leur parking, alimentées par cette source renouvelable.
  • Mettre en place des dessertes en transport collectif : l’enjeu pour le secteur touristique est la desserte des derniers kilomètres (entre la gare et l’hôtel par exemple) et du transport sur le territoire d’accueil (transport entre les différents lieux de visite). C’est l’un des points les plus complexes à gérer pour le secteur. Il convient de saluer des initiatives telles que celle menée en Baie de Somme sur le sujet.


Sur le sujet des bâtiments (32% des émissions CO2 générées par l’homme), les experts du GIEC insistent sur les pistes suivantes :


  • Utiliser les technologies de gestion de l’énergie et baisser la demande. De nombreux systèmes de gestion automatisée permettent aujourd’hui de piloter de manière simple tous les postes consommateurs d’un bâtiment et à distance de surcroît ! Mais il faut garder en tête que ces solutions sont à coupler avec un management des comportements. Les experts estiment que la modification des comportements à elle seule pourrait réduire de 20% les émissions liées aux bâtiments (baisser le chauffage, prendre une douche au lieu d’un bain, limiter les veilles,…). La formation et la sensibilisation sur ce sujet est une voie à approfondir dans les hôtels et les restaurants.
  • Casser les périmètres de responsabilités entre les décideurs (constructeurs, exploitants, financeurs, utilisateurs,…). En effet, certains montages financiers n’encouragent pas l’investissement, notamment lorsque celui-ci est réalisé par le propriétaire qui ne profitera pas d’une baisse de la consommation d’énergie. De nouveaux modes sont à inventer ou à appliquer.
  • Travailler sur les codes d’urbanisme et les normes : pour imposer des niveaux de performances pertinents. L’enjeu est également de travailler sur les projets de rénovation du parc hôtelier qui dans certains pays est relativement ancien.
  • Proposer des mécanismes de financements adaptés pour une transition : il s’agit de travailler avec l’ensemble des acteurs du financement (banques, institutionnels, opérateurs, porteurs de projets) pour faciliter l’emprunt pour investir dans les meilleures technologies et pour imposer des critères de performance nécessaire à l’obtention de certaines subventions. Par exemple, la région Poitou-Charentes soutient les gîtes et chambres d’hôtes à condition qu’elles obtiennent l’Ecolabel Européen.


Dans le domaine de l’industrie (21% des émissions), les pistes à plus gros potentiel de réduction sont:


  • Contribuer et renforcer les filières de recyclage et réduire la quantité de déchets à la source : en premier lieu, il s’agit pour les opérateurs touristiques d’identifier quels déchets ils génèrent et en quelles quantités, puis de mettre en place les procédures pour alimenter les filières de recyclage de matière, tout en réduisant auparavant la quantité de déchets. L’étape suivante consiste à consommer des biens issus de ces filières auprès par exemple de ressourceries.
  • Coopérer entre les entreprises et les secteurs pour croiser l’innovation: il s’agit ici de regrouper différentes parties prenantes au sein d’un même projet d’innovation. Cette manière de fonctionner permet d’imaginer des nouveaux produits ou services en s’affranchissant de certaines barrières car l’ensemble des acteurs participent à la réflexion. Une approche intégrant l’ensemble des acteurs du cycle de vie d’un produit ou d’un service se révèle extrêmement pertinente, comme dans le cadre du projet sur l’Eco-innovation de la filière du linge hôtelier qu’EVEA Tourisme anime.


Le dernier secteur traité par le rapport, les émissions liées aux usages agricoles (25% des émissions, induites principalement par la déforestation, par la consommation d’engrais et intrants agricoles et par les traitements mécanisés des surfaces). Les experts identifient comme meilleures actions le management environnemental des exploitations (recours au biologique notamment), la conservation des forêts (pour laquelle le secteur du tourisme peut jouer un rôle primordial en proposant des offres de découvertes et préservation des milieux naturels), le recours à la biomasse pour produire de l’énergie.


Enfin, dernier levier d’action et non des moindres, l’influence des politiques régionales, nationales et transnationales conjuguant : approche réglementaire, levier liés aux achats publics, orientation de l’économie par une politique de subvention et de taxation orientée (en supprimant notamment certaines subventions actuelles favorisant des secteurs très émetteurs comme par exemple les abattements de taxe sur le kérosène), la mise en place de système de fiscalité verte autour de bonus / malus (par exemple, dans un contexte où il est envisagé d’augmenter la taxe de séjour en France, il pourrait être intéressant d’y introduire une modulation liée à la performance environnementale de l’établissement), une augmentation de la fiscalité sur les matières et les énergies, accompagnée d’une baisse de la fiscalité sur les charges patronales et salariales (cette dernière solution serait très intéressante pour le secteur touristique très gourmand en main d’œuvre locale).


En conclusion, le rapport du GIEC est alarmant, certes, mais il doit nous permettre de poursuivre et d’engager encore plus loin les actions initiées. L’enjeu est plus un enjeu d’organisation à la fois locale et planétaire, qu’un enjeu technique, surtout sur le plan touristique. La mise en place des solutions doit être synonyme d’échanges entre les opérateurs touristiques, les fournisseurs du secteur, les territoires et les institutionnels et doit permettre de faire évoluer les comportement des consommateurs tout en leur proposant un choix de destination et d’activités touristiques à bas carbone.

Betterfly Tourism, acteur de ce changement, reste persuadé que nous allons relever ce challenge et développer une nouvelle Société. Néanmoins, la tâche est immense, et l’urgence devant la mission ne doit pas décourager les acteurs, bien au contraire.


Alors, qu’attendons-nous ?


Pour en savoir plus sur le rapport du GIEC